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Comment faire pour que les élèves retiennent le contenu d’un cours ?

Une question essentielle que se pose chaque professeur : Comment faire pour que les élèves retiennent le contenu d’un cours ?

Une idée est de se demander comment notre cerveau fait-il le tri entre une information à mémoriser et une à oublier. Cette question se pose depuis des siècles et les réponses varient selon les époques.

On a longtemps pensé que le cerveau retenait une information lorsque celle-ci était liée à une émotion, positive (récompense) ou négative (sanction). Or, il est actuellement prouvé que ceci n’est pas le cas. Par exemple, si un élève est puni parce qu’il ne connait pas sa leçon, il va retenir sa punition et non pas la leçon qui a fait qu’il soit puni.

D’après les études actuelles, notre cerveau fait son choix très simplement : il va retenir les informations qui lui servent et oublier celles qui ne lui servent pas.

C’est l’évidence même. Mais dans cette propriété le « lui » personnifie le cerveau. L’individu, l’élève, n’a pas accès à ce tri réalisé malgré lui. Par exemple, si je regarde une émission du style « Question pour un champion » et décide, pour m’amuser, de retenir par cœur toutes les réponses. Il est certain que j’aurai oublié toutes les réponses le lendemain, car elles ne me servent à rien. Ce qui n’est pas le cas pour un champion de ce type de jeu, car ces mêmes réponses lui sont utiles pour progresser dans son statut de champion.

Pour les études, un « bon élève » n’a pas de mal à retenir les leçons. Sans doute parce que ces leçons lui sont utiles pour différentes raisons : pour faire plaisir à ses parents, pour faire partie d’un groupe, pour pouvoir faire le métier qu’il a envie de faire… C’est pour cette dernière raison que tout professeur a déjà expérimenté le fait qu’un élève motivé réussi toujours mieux qu’un élève qui ne sait pas ce qu’il veut faire. D’où l’importance du travail sur l’orientation à développer tout au long de la scolarité.

Suite à cette découverte des conditions du choix réalisé par le cerveau, des pédagogues en ont mis au point une stratégie : Il suffirait de mettre l’élève en situation d’échec, devant un problème, et de lui proposer une solution adaptée, pour que son cerveau retienne la solution associée au problème créé.

Personnellement, pour diverses raisons, je ne suis pas convaincu par cette approche. La solution est certes utile pour résoudre le problème, mais le problème est en général complètement étranger à l’élève et donc à son cerveau. Alors pourquoi retenir la solution ? Pour éviter cette problématique, on essaye de mettre les élèves en situation ou de leur proposer des sujets qui leur sont proches, mais ceci n’est pas toujours possible. Alors, la solution associée à un problème sans intérêt, pour l’élève, ne sera pas retenue. Par ailleurs, dans cette stratégie, l’élève est confronté à un problème qu’il ne sait pas encore résoudre : il va être en situation d’échec personnel. Ce qui peut entrainer un risque majeur : la perte de confiance en soi de l’élève.

Or, pour espérer réussir, il est nécessaire d’avoir confiance en soi. Ceci est vrai dans tous les domaines, vie sociale, sentimentale, professionnelle, sportive, et bien entendu pour les études. Un élève qui n’a pas confiance en lui, en ses capacités, ne pourra jamais réussir ! Inutile pour son cerveau de retenir quoi que ce soit vu que, même s’il le faisait, ceci ne changerait pas la situation.

D’où l’idée d’autres pédagogues, dont je fais partie, d’axer leur travail sur la confiance en soi de chaque élève. Cette idée a été expérimentée avec succès à l’école primaire par la Méthode dite de Singapour, et je pense possible et utile de la généraliser à tous les élèves.

Par exemple, pour un cours de mathématique traditionnel, le professeur va commencer par une activité, un cours magistral, une démonstration, l’étude des cas particuliers, voire pathologiques. Bon nombre d’élèves sont déjà en situation d’échec. Puis le professeur va aborder des exercices plus faciles d’application directe du cours. Mais de tous les élèves en situation d’échec, certains, ayant confiance en leurs capacités, vont faire l’effort d’oublier cette partie incomprise pour se concentrer à nouveau sur leurs cours. Tandis que d’autres, plus fragiles, n’essayeront jamais de remettre le pied à l’étrier : « Je n’y comprends rien à ce cours, alors inutile de faire des efforts ». Message que va vite comprendre leur cerveau.

Avec la Méthode de Singapour, il faut organiser son cours autrement. Imaginons un couloir qui représente le cours à faire passer. L’idée est d’avancer dans ce couloir les portes étant fermées, chaque porte cachant une difficulté : une démonstration, un cas particulier, une exigence spécifique… Puis, au fur et à mesure que l’élève prend confiance en lui, on peut ouvrir les portes une à une.

L’élève ne doit jamais être en échec pour travailler en confiance. Seulement en fin d’apprentissage, il peut être confronté à des situations plus complexes mais qui sont ciblées (exercices de recherche) ou à chercher en groupe.

Alors comment faire pour que les élèves retiennent le contenu d’un cours ?

Nous l’avons vu, pour cela, deux conditions sont nécessaires :

  • La confiance en soi : elle est nécessaire à toute réussite. L’élève doit avoir confiance en lui, en ses capacités, mais aussi confiance en l’enseignant et en l’institution.
  • L’implication de l’élève dans sa scolarité : vu les choix réalisés par son cerveau, l’élève doit être concerné et motivé par sa scolarité.

Pour cela, il faut le mettre en situation, choisir des activités dans lesquelles il peut s’identifier et élaborer avec lui un vrai projet d’orientation. L’objectif est de développer sa motivation, motivation plus facile à trouver par un élève en confiance que par un élève doutant de ses capacités.

La confiance en soi est donc essentielle pour réussir ses études.


* La méthode de Singapour est mondialement reconnue pour ses résultats à l’école primaire.

Résultats PISA édition 2018 : L’enseignement des mathématiques à Singapour affiche 569 points, pour une moyenne OCDE de 489 (contre 495 en France).

* Extrait de « La confiance en soi – Une philosophie » de Charles Pépin

« Tout parent, tout maître, tout professeur, tout ami au sens d’Aristote, devrait avoir sans cesse à l’esprit cette double manière de donner confiance : d’abord mettre en confiance, ensuite faire confiance. »

* Extrait de « Construire la confiance en soi à l’école » de Cécile Foussard 
« Croire en soi, c’est être capable de transformer ses faiblesses en atouts et affronter ainsi l’avenir avec plus de sérénité. C’est se sentir utile, développer des projets afin de se construire une confiance authentique, profonde et durable. »